Victimes collatérales des manifestations qui se sont succédé durant ces dernières semaines dans le centre de Marseille, les commerçants tentent de sauver ce qui peut l’être, à moins de quinze jours de Noël.

En raison des fermetures préventives décidées par les enseignes elles-mêmes ou imposées par les autorités, des saccages et autres pillages perpétrés par les bandes de casseurs, auxquels s’ajoute la désaffection du centre-ville par une clientèle découragée par les contraintes de circulation, les difficultés de stationnement et les risques de débordements… les pertes de chiffres d’affaires ont, en effet, atteint des niveaux inédits.

« Elles vont de 30 % à 100 % en fonction des types de commerces et des événements auxquels ils ont été confrontés », précise Guillaume Sicard, président de la fédération Marseille Centre qui regroupe près d’un millier d’enseignes ou d’associations de commerçants.

Vice-président de la Chambre de commerce de d’industrie Marseille Provence (CCIMP), Jean-Luc Blanc avance les mêmes chiffres concernant les restaurateurs et l’industrie hôtelière.

À une période de l’année où beaucoup de commerces réalisent une grande part, sinon l’essentiel de leur activité, ces chiffres sont d’autant plus préoccupants qu’ils impactent toute la filière.

« C’est une perte sèche pour les commerçants, mais pas seulement, souligne Jean-Luc Blanc. Beaucoup de leurs salariés avaient prévu de travailler durant cette période, et notamment les week-ends pour arrondir leur fin de mois ou obtenir une prime de fin d’année. Après ce qui s’est passé, certains vont sans doute devoir y renoncer. »

« À Plan-de-Campagne, l’avenir va être très compliqué »

Plus grave, le vice-président de la CCIMP se dit très inquiet quant à la survie d’un grand nombre de commerces, et pas seulement à Marseille intra-muros« À Plan-de-Campagne, l’avenir va être très compliqué pour les 7 000 personnes qui y travaillent car on s’attend à des cessations d’activité ». Et de demander aux partenaires institutionnels que sont la Banque de France, l’Urssaf, la Dirrecte ou la DRFIP, d’accompagner les entreprises concernées durant cette période difficile, car sinon, « il va y avoir de la casse sociale ».

Pour autant, les manifestations ont eu pour conséquence de créer une solidarité inédite entre les commerçants du centre-ville, mais aussi avec les autorités locales.

« Les commerçants se sont serré les coudes, assure Guillaume Sicard. Une vraie interactivité a émergé entre la Chambre de commerce, la préfecture et les enseignes, qu’elles soient indépendantes ou appartiennent à de grands groupes, toutes étaient confrontées au même problème, ce qui a renforcé leur cohésion. Les gens se passaient les infos sur la progression des bandes de casseurs et sur l’opportunité de baisser le rideau, ou au contraire de le relever. Cela n’a peut-être pas empêché certains pillages, mais les commerces ont pu mieux s’organiser et anticiper les événements« .

Une collaboration qui a notamment débouché sur la création par Marseille Centre d’une sorte de label visant à inciter les consommateurs à soutenir le commerce de proximité. Un geste commercial récompense les achats de Noël effectués dans l’hypercentre plutôt qu’à l’extérieur de la ville ou sur des plateformes de vente en ligne ; un acte de solidarité symbolisé par une vignette apposée sur les papiers cadeau.

Le chiffre : 15

Selon le comptage effectué par la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence, une quinzaine de magasins a été totalement vandalisée au cours des deux derniers week-ends et une vingtaine a subi des actes de dégradation.

Mesures

Très active depuis que lui ont été signalés les premiers dérapages autour des manifestations de gilets jaunes, la CCI a mobilisé 32 de ses collaborateurs afin qu’ils collectent les numéros de portable des commerçants concernés. Près d’un millier de numéros ont ainsi été recueillis ou réactualisés. Parallèlement, dix membres de la chambre ont été affectés à l’envoi de SMS d’information ou d’alerte à ces différents contacts, tandis que des personnels étaient détachés au PC de la police pour être à la source des informations en termes de sécurité. D’autre part, la CCI a mis en place, dès le week-end dernier, un numéro de téléphone (le 0 810 113 113) pour que les enseignes lésées puissent faire remonter leurs besoins et leurs doléances. Dernière initiative en date : la chambre consulaire a constitué hier une plateforme spéciale, destinée à faciliter les prises de rendez-vous entre les commerçants victimes d’actes de malveillance et les services de police ; cela afin d’accélérer les dépôts de plainte indispensables pour faire jouer les assurances.