Humilié jeudi dans un stade Vélodrome quasiment vide contre les Chypriotes de Limassol (1-3), l’Olympique de Marseille doit désormais faire face à la fronde de ses supporters.

Danny n’a pas mis les pieds au stade Vélodrome ce jeudi soir. « Là, je suis écœuré », lance-t-il. Membre fondateur du club de supporters des MTP, où il a toujours sa carte de membre, il a préféré regarder OM-Limassol (1-3) à l’Estaminet, un petit bar de supporters du Cours Julien. De retour dans l’établissement, devant son galopin, il ne peut cacher son pessimisme : « Ça va aller très mal… Il va y avoir du monde à la Commanderie ! » « Il va y avoir des gilets bleus », canarde le barman.

Les gilets, Danny y fait aussi référence, quand il aborde le principal problème de l’équipe, selon lui : les salaires des joueurs. « C’est une équipe qu’on a ou bien c’est à celui qui gagne le plus ? s’interroge-t-il, en référence aux bruits de vestiaire sur des tensions autour des salaires des recrues estivales, relayés mercredi par L’Equipe. Ils touchent des milliers d’euros et sont jaloux de ce que gagnent les autres, alors que pendant ce temps, y’a des mecs sur des ronds-points. »

Le poids du désenchantement

Contrairement aux supporters – moins de 9 000 jeudi – qui ont scandé des « Garcia démission ! » ou « Eyraud démission ! » pendant la débâcle contre Limassol, il ne vise aucun des deux hommes, et surtout pas le coach : « Je ne pense pas que ce soit Garcia le problème. On a quand même fini 4e l’an dernier et on a été en finale d’Europa League ! Et partout où il est passé, il a réussi. Je pense qu’il faut lui donner les moyens. »

Sur le Vieux-Port, à l’OM Café, Noël porte en lui le poids du désenchantement. « Supporter depuis 43 ans, l’OM dans le sang », il regrette qu’« aujourd’hui, à Marseille comme ailleurs, les joueurs n’en ont rien à faire du club. Quand ils tapent l’écusson sur leur poitrine, c’est du pipeau. » Lui aussi se désole des rancœurs intestines de l’équipe, sur fond de monnaie. « Il n’y a rien à dire à part qu’il y a un problème de vestiaire. Mais pas un problème sportif, un problème de pognon. » Il cite pêle-mêle « les trois champions du monde, qui ont dû revenir pour faire revaloriser leur contrat », « Thauvin qui doit marronner, parce qu’on lui dit qu’il est très bon et il touche moins que Payet », ou encore le cas de Kevin Strootman, plus gros salaire qui ne satisfait pas sur le terrain. « Et puis, Rami et Mandanda, qu’ils arrêtent, ajoute-t-il. Je ne dis pas qu’il est mauvais, mais Mandanda, il a fait son temps. » Noël refuse lui aussi de taper sur Garcia ou sur le président du club : « Eyraud, il fait ce qu’il peut. Il a une belle équipe, c’est juste un problème de vestiaire. »

Mais tous les supporters ne sont manifestement pas de cet avis, comme en témoigne le souffle d’insultes et de réprimandes qui a balayé jeudi des travées du Vélodrome. Mardi, les Ultras 84 appellent au boycott du match de coupe de la Ligue contre Strasbourg – pour cause d’une surtarification des places dont ils font l’objet. Les Fanatics, qui « refus [ent] de cautionner cette compétition sans histoire » n’iront pas non plus au stade. Peut-être un court répit pour le club, un peu de calme, avant la tempête.