Les yeux rougis, comme s’il avait pleuré de colère ou de dépit (voire les deux) dans l’intimité d’un vestiaire meurtri et abattu, Florian Thauvin quitte le stade de la Beaujoire le coeur lourd. Il voit défiler devant lui les affres d’un passé récent qu’il croyait enfoui à tout jamais. « Disons la vérité, on ne fait clairement pas une bonne saison, même si on est encore dans la course et qu’on n’est pas largués, avoue le champion du monde. Ça fait un moment que je joue à Marseille ; ce n’est pas toujours simple, ça laisse des traces. Quand le scénario tourne dans ce sens-là, je sais ce que c’est et je n’ai pas trop envie que ça nous arrive cette année. »

« FloTov », qui vient de s’incliner à Nantes (2-3) avec ses partenaires, évoque une période pas si lointaine. L’OM traînait alors son spleen et sa nullité dans le championnat de France, sans réel objectif ni motivation, seulement guidé par l’étoile tatouée à jamais sur le blason et l’espoir que demain ne pouvait être que plus beau. La fin de l’ère Louis-Dreyfus et l’arrivée de l’équipe McCourt, voilà deux ans, ont ragaillardi Thauvin et tous les amoureux du club. Elles ont ramené ambition et passion au sein de la maison bleu ciel et blanche avec, en point d’orgue, cette formidable saison 2017-18 censée être un tremplin pour un retour rapide et durable vers les sommets.

Mais le Champions project cher au propriétaire américain est aujourd’hui à l’arrêt, voire en régression, en dépit de cette inespérée 5e place à trois points du podium. Un classement qui ne cache plus une forêt de problèmes. Et interroge sérieusement, au moment où ses dirigeants, Jacques-Henri Eyraud en tête, se murent dans un silence assourdissant, alors que la grogne des supporters enfle et qu’ils réclament des actes et des résultats. Ils ne digèrent pas la première partie de saison ratée, plombée par dix défaites en 21matches. Au club, la sinistrose rampe. L’ambiance s’alourdit chaque jour un peu plus, aussi bien dans le groupe que dans les couloirs du centre Robert Louis-Dreyfus où chaque succès est désormais guetté comme une bouffée d’oxygène dans cet océan de médiocrité.

« Les remplaçants ne sont plus concernés, l’ambiance n’est plus la même, ça se voit sur le terrain »

Le péché originel remonte sans doute à l’été dernier lorsque la direction et Rudi Garcia ont jugé l’effectif suffisamment armé pour repartir au combat et l’ont retouché à la marge (3 arrivées, 6 départs), conservant les mêmes joueurs et la même hiérarchie. « Les remplaçants ne sont plus concernés, l’ambiance n’est plus la même et ça se voit sur le terrain, confie un intime du groupe. Le nom OM impressionne, pas l’équipe. » « On est prenable« , se lamente Dimitri Payet sans parvenir à remobiliser ses troupes.

Le mercato, pourtant dispendieux avec 56 millions d’euros engloutis pour un rendement inexistant, n’a rien apporté et n’a pas permis d’améliorer l’équipe. Dès septembre, soit bien avant cette avalanche de couacs, certains avaient joué les lanceurs d’alerte, à la manière d’un Éric Di Meco. « Quand tu finis une telle saison sans rien au bout, la frustration l’emporte. L’effectif a peu changé, repartir dans ces conditions peut-être très difficile. » Les inquiétudes du champion d’Europe résonnent encore plus fort près de trois mois plus tard.

Cette équipe olympienne s’apparente à un ensemble désordonné, au niveau déficient, au mental friable et déstabilisée par le moindre coup du sort. Elle se trouve happée dans une spirale négative dont personne ne parvient à s’extirper en dépit de quelques fulgurances signées Thauvin ou, plus rarement, Payet. Luiz Gustavo, véritable taulier du groupe, essaie de reprendre la main dans la tempête. Il aimerait que les individualités se diluent dans le collectif, qu’un vent de révolte souffle enfin sur cette escouade. Mais, comme les autres cadres, il s’use face à une situation qui ne cesse de se dégrader malgré une sonnette d’alarme tirée dès la débâcle à Lille (0-3), le 30 septembre.

L’entraîneur multiplie les erreurs dans ses choix, son coaching et sa communication

Et il y a Rudi Garcia, en première ligne et de plus en plus contesté, après avoir obtenu les pleins pouvoirs et s’être forgé une véritable garde rapprochée, encore renforcée cet été avec la venue de Stéphane Jobard. Il a dernièrement resserré les boulons au sein de son groupe et de son staff, interdisant à quiconque de s’exprimer. Il veut tout contrôler, tout savoir, tout gérer. Une omniprésence qui cristallise les rancoeurs, y compris en interne, et les critiques. Prolongé fin octobre jusqu’en 2021, hâtivement pour certains, il traverse cette crise en multipliant les erreurs en tout genre, aussi bien dans ses choix, son coaching que sa communication.

Il tâtonne, change de schémas de jeu au moindre soubresaut sans jamais dégoter la formule magique. 4-3-3, 4-2-3-1, 3-5-2: tout y passe, ou presque, mais rien ne change, sauf les défaites qui continuent de s’empiler et le doute de ronger ses ouailles. Il a perdu le mojo qui l’accompagnait la saison dernière où ses coups payaient la plupart du temps, dans ses compositions ou ses changements en cours de match. Il n’insuffle plus rien, ne prend pas de risque dans son coaching et procède juste à du poste pour poste quand un brin de folie s’imposerait. Hormis quelques séquences comme autant d’éclaircies dans une grisaille persistante, le jeu s’appauvrit dangereusement. Il porte évidemment une responsabilité dans cette crise de résultat et de confiance, dans laquelle l’OM s’enfonce.

Sa communication surréaliste et en décalage avec la réalité n’arrange rien. Son refrain sur l’importance de gagner à Francfort pour figurer dans un meilleur chapeau en Ligue des champions a suscité stupéfaction et colère au vu de l’équipe alignée en Allemagne ; rebelote mardi, à la veille du déplacement à Nantes, avec des louanges sur le jeu développé à Amiens (3-1) et lors de la première période face à Reims (0-0). Son couplet sur « l’euphorie » qui était proche de s’emparer de l’équipe en cas de succès sur les Rémois a un peu plus creusé le fossé avec les amoureux de l’OM.

Non, ce n’est pas l’euphorie mais la crise. Et beaucoup de supporters, agacés par une situation qui ne cesse de se détériorer, réclament le départ de celui qui répète en privé avoir beaucoup appris des difficultés rencontrées à Lille et la Roma. Ici aussi, il est servi.