Israël et les Émirats arabes unis rejoindraient-ils un Quad anti-Chine ?

jaishankarLe ministre des Affaires étrangères S Jaishankar avec le Premier ministre israélien Naftali Bennett (Source : Twitter/@DrSJaishankar)

Par PR Kumaraswamy,

Auparavant, c’était le Pakistan et maintenant la Chine. Ainsi, tout ce que l’Inde fait et ne fait pas à l’extérieur doit être lié à la Chine. Le dernier en date est le mini-Quad annoncé lors de la visite en Israël du ministre des Affaires étrangères S Jaishankar. Selon l’opinion d’une élite indienne par ailleurs informée, le nouveau forum fait partie d’une stratégie anti-chinoise de l’administration Biden, heureusement approuvée par l’Inde, Israël et les Émirats arabes unis. Examinons donc de plus près la logique.

Depuis le début des années 1990, Washington considère la Chine comme sa nouvelle menace stratégique mais manque de volonté politique et de poids économique pour répliquer sa stratégie de guerre froide vis-à-vis d’un Pékin autoritaire. L’ascension mondiale de la Chine n’est peut-être pas aussi pacifique que prévu, mais elle est fermement basée sur une économie renaissante et une transformation en tant que deuxième économie mondiale après les États-Unis. L’optimisme indien vis-à-vis de Pékin a tourné au vinaigre ces derniers mois ; mais les autres partenaires joueraient-ils le jeu d’un Quad anti-Chine même si l’on ignorait l’Inde ?

Cela nous amène à la question centrale. Comment Israël et les Émirats arabes unis voient-ils la Chine ? Ces deux pays considèrent la Chine comme un partenaire de leur croissance économique. L’hésitation israélienne dans les années 1950 s’est avérée désastreuse et la Chine a mis plus de quatre décennies à reconnaître l’État juif en janvier 1992. Cela a d’ailleurs forcé Israël à explorer la diplomatie militaire depuis la fin des années 1970 pour faciliter le processus. Cependant, la normalisation des relations s’est accompagnée de nouvelles préoccupations stratégiques américaines vis-à-vis de Pékin, qui ont entravé les exportations israéliennes d’armes et de technologies vers la Chine. Après des pressions prolongées et au milieu du sommet de Camp David avec le dirigeant palestinien Yasser Arafat, en juin 2000, le Premier ministre Ehud Barak a accepté les diktats américains de cesser les ventes militaires à la Chine. En conséquence, bien qu’il y ait eu des problèmes de réparation, de rénovation et de modernisation, les liens militaires sino-israéliens se sont en grande partie arrêtés dans les années 2000.

Dans le même temps, Israël ne peut ignorer la Chine et son ascendance économique et son poids politique croissant. Peu de temps après, la Chine a participé activement à divers programmes d’infrastructure en Israël, notamment l’expansion de la partie Ashdod, la construction d’un nouveau terminal dans le port de Haïfa, des tramways à Tel Aviv, des tunnels Carmel et l’éventuelle voie ferrée Ashdod-Eilat. En outre, deux rapports récents de la Rand Corporation ont souligné les investissements des marques chinoises mondiales Alibaba, Huawei, ZTE, Baidu, Tencent, Xiaomi et Lenovo dans des entreprises de haute technologie israéliennes.

De même, les Émirats arabes unis bénéficient également des investissements chinois. Dans le cadre de ses efforts pour réduire la dépendance vis-à-vis du dollar américain et internationaliser sa devise Yuan, la Chine a conclu des accords de swap bilatéraux avec plusieurs pays ; et en janvier 2012, il a conclu un accord de 35 milliards de yens avec les Émirats arabes unis, et un centre de compensation en yuan fonctionne dans les Émirats depuis 2015. En outre, les deux pays collaborent dans le secteur pétrochimique. Surtout, Israël et les Émirats arabes unis sont des acteurs actifs du réseau BRI. Alors pourquoi Israël et les Émirats arabes unis voudraient-ils compromettre leur avenir en s’opposant à la Chine ?

Cependant, il est vrai que les États-Unis ne sont pas satisfaits de l’engagement chinois avec Israël et les Émirats arabes unis dans certains domaines sensibles et sont particulièrement préoccupés par l’implication d’entreprises chinoises dans des projets d’infrastructure et des technologies stratégiques israéliens. Ainsi, malgré sa bonhomie avec le Premier ministre de l’époque, Netanyahu, la torsion de bras de l’administration Trump a fait qu’une entreprise chinoise, considérée comme le grand gagnant, a perdu un contrat de 1,5 milliard de dollars en 2020 pour la plus grande usine de dessalement du monde près de Tel-Aviv.

Bien sûr, Israël et les Émirats arabes unis sont mécontents du rythme et de l’étendue des engagements chinois avec l’Iran. Un accord sino-iranien de 400 milliards de dollars sur 25 ans, très médiatisé, ne leur plairait pas. Mais ils sont suffisamment mûrs pour reconnaître et admettre à contrecœur l’opportunité politique et économique que l’Iran offre à la Chine. En effet, les années de sanctions américaines ont joué en faveur de la Chine et l’ont rapprochée de Téhéran. Ainsi, malgré leur mécontentement, ni Israël ni les Émirats arabes unis ne pouvaient offrir une opportunité alternative, un marché ou un espace diplomatique pour diluer le partenariat sino-iranien.

Surtout, si le Quad du Moyen-Orient prend une posture explicitement anti-chinoise, ce dernier dispose d’un vaste arsenal. Alors que les États-Unis sont désireux de limiter la sécurité d’Israël et la coopération de haute technologie avec la Chine, ils ne cherchent pas à isoler Israël de la Chine. Une telle voie serait dangereuse car Pékin pourrait apporter un soutien politique et militaire aux pays et groupes hostiles à l’État juif. Israël a été témoin des conséquences directes lorsqu’en juillet 2006, un de ses navires de guerre a été coulé au large des côtes de Beyrouth dans un missile anti-navire tiré par le Hezbollah. Selon les experts, le missile C-802 d’origine chinoise a été vendu à l’Iran mais a été transmis au groupe militant et a coulé le navire israélien.

Les théories du complot n’ont besoin que d’imagination et non d’une logique solide. Encadrer le mini-Quad contre la Chine (également contre l’Iran) passe à côté de l’essentiel. Il est toujours possible pour l’Inde et d’autres pays de forger des forums économiques multilatéraux pour des avantages mutuels, même sans adversaire déclaré ou caché.

(L’auteur enseigne le Moyen-Orient contemporain à l’Université Jawaharlal Nehru de New Delhi. Les opinions exprimées sont personnelles et ne reflètent pas la position ou la politique officielle de Financial Express Online.)

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