La hausse des capitaux place Air France sous l’aile du gouvernement

DOSSIER – Sur cette photo d’archive du 30 septembre 2003, un jumbo jet d’Air France roule derrière la queue d’un avion de ligne KLM Royal Dutch à l’aéroport Charles de Gaulle à Roissy, au nord de Paris. Air France-KLM a chuté à une perte de 7,1 milliards d’euros (8,5 milliards de dollars) en 2020 alors que la pandémie mondiale a bloqué des avions et interrompu les projets de voyage dans le monde entier, provoquant une baisse de 67% du nombre de passagers chez le géant de l’aviation franco-néerlandais.

La France contribuera à une recapitalisation de 4 milliards d’euros (4,7 milliards de dollars) d’Air France-KLM et plus du double de sa participation à près de 30%, dans le cadre de plans annoncés mardi avec l’approbation de l’Union européenne.

Cette décision est la dernière d’un grand groupe aérien à consolider ses finances après plus d’un an de fermetures de voyages COVID-19 et de lourdes pertes pour le secteur.

Le gouvernement français convertira un prêt de 3 milliards d’euros accordé l’année dernière en un instrument obligataire hybride perpétuel et souscrira à une émission d’actions de 1 milliard d’euros, augmentant ainsi sa participation dans Air France-KLM de 14,3% actuellement.

«Cela fera de l’Etat le plus grand actionnaire d’Air France», a déclaré le ministre des Finances Bruno Le Maire, qualifiant cette démarche de «signe d’engagement» envers la compagnie aérienne et ses travailleurs.

Les conditions convenues obligent la France à trouver une «stratégie de sortie crédible» d’ici un an et à ramener sa participation aux niveaux d’avant la crise d’ici 2027. Les dividendes, les rachats d’actions et les primes de gestion sont interdits jusqu’à ce que la majeure partie ou la totalité de l’aide soit remboursée.

Dans les conditions approuvées, Air France cédera également 18 créneaux de décollage et d’atterrissage Paris-Orly à ses concurrents, soit 4% de son portefeuille actuel à l’aéroport.

Mais en rupture avec la pratique habituelle qui peut mettre en colère des concurrents low-cost tels que Ryanair, leur réallocation sera limitée aux avions rivaux basés à Orly avec des équipages employés sur des contrats locaux.

Cela mettra à l’abri de la concurrence déloyale une expansion prévue de la propre compagnie aérienne à bas prix d’Air France, Transavia, a déclaré mardi à la presse Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM.

Les restrictions sur la réallocation des créneaux ont été «l’un des points de friction» dans les entretiens interminables avec Bruxelles, a déclaré Le Maire. «Nous ne voulons aucun dumping social.»

Ryanair n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Parmi les autres mesures figurent l’extension des garanties de l’État sur 4 milliards d’euros de prêts bancaires à Air France-KLM.

Deutsche Bank, HSBC et Natixis conseillent la compagnie aérienne dans le cadre de son refinancement.

Le plan de sauvetage est le plus proche qu’un grand transporteur européen soit venu à la renationalisation, après que l’Allemagne a pris une participation de 16,7% dans Lufthansa dans le cadre de son plan de sauvetage.

Les Pays-Bas, qui ont acheté 14% d’Air France-KLM en 2019 pour contrer l’influence française, ne se joindront pas à la hausse des capitaux – brisant une impasse de gouvernance au sein du groupe tout en augmentant potentiellement les pressions de rupture de certains milieux politiques néerlandais.

La dilution probable de la participation du gouvernement néerlandais à 9,3% «n’a aucune conséquence sur la protection des intérêts publics», a déclaré mardi le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra aux législateurs.

Les autorités néerlandaises sont en pourparlers séparés avec Bruxelles sur un nouveau soutien à KLM susceptible d’entraîner une conversion similaire du prêt d’un milliard d’euros de l’État en dette hybride.

Delta Air Lines, actionnaire à 8,8% d’Air France-KLM, n’a pas le droit d’investir en vertu des règles fédérales américaines en matière d’aide et sera diluée. China Eastern prévoit d’acquérir de nouvelles actions tout en maintenant sa participation en dessous de 10%, a indiqué le groupe.

L’action Air France-KLM évoluait de 0,3% à 5,26 euros à 9 h 18 GMT. Le stock est en baisse de près de 50% par rapport aux niveaux d’avant la pandémie, reflétant en partie la probabilité de nouvelles augmentations de capital dilutives.

Le groupe a déclaré qu’il demanderait l’approbation des actionnaires le mois prochain pour des «mesures supplémentaires» pour renforcer le bilan et réduire la dette nette à un objectif de deux fois le bénéfice avant intérêts, amortissements, impôts et amortissements (EBIDTA) d’ici 2023.

En actualisant ses prévisions, Air France-KLM a indiqué s’attendre à une perte d’EBITDA de 750 millions d’euros pour le premier trimestre, contre 1,7 milliard d’euros de déficit pour l’ensemble de 2020. Les résultats de janvier-février ont été meilleurs que prévu et les investissements 10% inférieurs budget, a-t-il ajouté.

Le groupe a déclaré qu’il «s’attend toujours à une reprise significative de la demande» car les campagnes de vaccination contre le COVID-19 permettent une reprise des voyages estivaux dans les mois à venir.