La maison de Valbuena était « un follódromo »

21/10/2021 à 17h26 CEST

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Quatre opportunistes qui gravitent autour de footballeurs en quête de gloire, de leurs caprices et excès, d’une sex tape et de l’opportunité d’en tirer profit, un chantage présumé et la rivalité entre deux internationaux.

Le procès pour chantage présumé avec une vidéo à contenu sexuel au joueur de l’Olympiacos Mathieu Valbuena, dans lequel Karim Benzema est mis en cause pour complicité, met en lumière un monde sordide où le luxe cohabite avec la supercherie.

Ce n’est qu’ainsi que l’on peut expliquer comment Valbuena ou Benzema, tous deux d’origine modeste -le premier de parents espagnols, le second algérien- et enrichis par le football, se rapprochent d’Axel Angot, Youanes Houass, Mustapha Zouaoui ou Karim Zenati, tous sans métier connu et avec casiers judiciaires et séjours en prison.

Lors des interrogations, la ligne de collision apparaît entre les caprices des uns et la recherche de récompenses des autres.

Jusqu’à ce que les choses déraillent, cela va trop loin et la police se présente, exposant ce qui ressemble à du chantage. Les prévenus se défendent en assurant qu’ils ne voulaient que solliciter sa générosité. Le parquet considère qu’ils voulaient la forcer.

GÉNÉREUX ET EXIGEANT

« Les footballeurs peuvent être très généreux, mais aussi très exigeants », révèle Zouaoui, considéré par le parquet comme le cerveau de l’opération, l’homme qui a manipulé tout le monde jusqu’au chantage.

Zouaoui, surnommé « Sata », connaît le jeu. Il est au service des footballeurs marseillais depuis des années, sa ville, en échange de ses faveurs. « Je n’ai jamais rien demandé », confie l’homme qui porte un survêtement griffé et qui prétend avoir eu un bateau.

Il assiste à leurs fêtes, les accompagne en voyage, fourmille parmi leurs vices. « Si j’avais voulu, j’aurais pu avoir beaucoup de vidéos de sexe. Je suis allé à des soirées chez Valbuena, j’ai vu quatre joueurs sur la même fille « , décrit.

La maison de Valbuena était « un follódromo », il raconte un langage vulgaire, de rue, le seul qu’il connaisse, comme il l’avoue à la cour.

Son meilleur contact fut Djibril Cissé, qui a joué plusieurs années dans la cité méditerranéenne et qui, dit-il, a rendu diverses faveurs. Entre eux, Intermédiaire pour qu’une vidéo sexuelle du footballeur ne soit pas révélée.

FAVEURS

Faveurs de toutes sortes. « Vous ne pouvez pas imaginer les fois où nous envoyons des filles en Grèce. Je lui dirais : ‘Djibril, tu sais qu’ils ont 15 ans ?’

« Sata » connaît le sujet, sait qui appeler, qui rencontrer. Décrivez une scène sordide, un sous-sol sombre, des intermédiaires masqués et une somme d’argent pour avoir détruit les images de Cissé.

Il, dit-il, ne demande rien en retour, mais Cissé est généreux et le récompense de 15 000 euros, vous invite chez vous, vous installe à votre table. « On s’est amusé, on a bu, c’était la belle vie », raconte-t-il. Il a le vent en poupe et lui donne même d’acheter un bateau.

Pourquoi ne pas répéter la formule ? Quand Angot lui assure qu’il a une vidéo sur Valbuena, « Sata » pense qu’ils peuvent devenir les hommes de main du joueur, internationaux avec la France. Cissé est plus âgé.

Par conséquent, assure-t-il, il n’y a pas de chantage. Juste une tentative pour plaire. Vous avez un problème, je vais le résoudre pour vous. Et je m’assois à ta table.

INTERMÉDIAIRE

Houass est l’intermédiaire, un de plus, un autre qui ne demande rien non plus. « Eh bien, tout ce que vous voulez me donner », décrit ce musulman pratiquant qui dit se décrire comme « un amateur de foot qui voulait aider un joueur ». « Vous êtes Mère Teresa », dit le président du tribunal, entre deux sourires.

Valbuena ne cède pas. Il faut monter le ton. C’est là que Zenati apparaît. Il a grandi dans le même immeuble social du quartier Bron, en périphérie de Lyon, que Benzema. Il est le contact parfait, car le madridista le considère comme « un frère ». Il l’engage à sa sortie de prison, il l’emmène avec lui en Espagne.

« Sata » sait que c’est une porte pour rester en contact avec les footballeurs, mais désormais à un niveau supérieur. « Benzema c’est autre chose, salaire et stature », raconte au procès.

Il a à peine contact avec l’attaquant, mais avec Zenati le courant passe bien. Il convainc Benzema de parler à Valbuena de la sex tape. Ne sachant pas que la police était déjà après l’affaire.

DE BONNE VOLONTÉ

Benzema assure qu’il agit de bonne volonté. Par ses avocats, car il a préféré ne pas associer son image à celle de cette comédie sordide. « Il n’y a aucune preuve matérielle » contre le madrilène, a déclaré aujourd’hui l’un de ses avocats, Antoine Vey.

Mais les conversations intervenues le laissent mal à l’aise, surtout quand il raconte à son ami la conversation qu’il a eue avec Valbuena pour l’avertir du danger qu’il courait : « Il est devenu blanc, il a tout avalé.

« S’il n’accepte pas, que ces piranhas le mangent, ils vont lui pisser dessus », il rit dans une conversation avec Zenati qu’ils transmettent dans la salle. « Et sinon, qu’il baise sa grand-mère », répond l’autre.

L’ami d’enfance essaie de disculper son bienfaiteur, mais les avocats de Valbuena sont énergiques : « Vous n’aidez pas un ami en vous moquant de lui. »

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