La montée en puissance des jets privés déclenche des émissions de CO2

16/08/2021 à 08:05 CEST

L’essor des vols privés fait monter en flèche les émissions de CO2. Les jets privés, en moyenne, sont 10 fois plus énergivores que les jets de passagers et 50 fois plus polluants que les trains, selon les conclusions du rapport « Avions privés : de grosses fortunes à payer pour une aviation sans émissions ? », qui analyse l’impact climatique de l’aviation privée en Europe, un secteur très invisible mais avec un impact environnemental démesuré.

Les résultats de l’étude ne laissent aucun doute : l’impact climatique de l’aviation est disproportionné et augmente rapidement. Mais il est causé par un très petit groupe de personnes : seulement 1% des personnes sont à l’origine de 50% des émissions mondiales de l’aviation.

Le rapport, réalisé par Transport & Environment (T&E), révèle le rôle joué par les super-riches qui voyagent en jet privé sur de très courtes distances : Les émissions de CO2 d’un vol privé de quatre heures sont égales aux émissions totales d’une personne au cours d’une année.

Un jet privé peut émettre deux tonnes de CO2 en une heure, tandis qu’un résident de l’Union européenne (UE) émet en moyenne 8,2 tonnes d’équivalent CO2 au cours d’une année entière.

Les émissions de CO2 des jets privés européens ont grimpé en flèche ces dernières années, augmentant de 31 % entre 2005 et 2019, plus rapidement que les émissions de l’aviation commerciale, selon le rapport.

La pandémie de covid-19 a temporairement interrompu cette croissance, mais par rapport à l’aviation commerciale, elle s’est rétablie beaucoup plus rapidement.

Augmentation du trafic des jets privés

Augmentation du trafic des jets privésEn fait, en août 2020, alors que la plupart des Européens étaient toujours au sol et que les vols commerciaux étaient en baisse de 60% d’une année sur l’autre, le trafic des jets privés avait de nouveau atteint les niveaux d’avant la pandémie. Les ventes de vols privés ont augmenté de 11,3% rien qu’en juillet 2020.

Le rapport effectue une analyse détaillée des itinéraires les plus fréquemment utilisés par les vols en jet privé. Les principales conclusions sont :

–Sept des dix liaisons les plus polluantes empruntées par les avions privés en Europe se trouvent sur l’axe Royaume-Uni-France-Suisse-Italie.

–Les jets privés du Royaume-Uni et de la France sont la plus grande source de pollution, représentant ensemble plus d’un tiers (36%) des émissions de CO2 des vols privés en Europe.

L’Espagne représente le cinquième pays d’Europe en émissions générées par les vols privés qui quittent leur territoire, avec 9,2 % du total.

–Un vol sur dix au départ de la France est effectué en avion privé, dont la moitié parcourent moins de 500 kilomètres.

Malgré son impact disproportionné sur le climat, les jets privés ne sont actuellement pas taxés dans la plupart des pays européens en raison des exemptions du système de tarification du carbone de l’UE et le kérosène reste non taxé.

Parmi les mesures proposées par la Commission européenne dans le cadre de son paquet « Fit for 55 » (https://www.consilium.europa.eu/es/policies/fit-for-55/), figure la création d’une taxe sur le kérosène pour les vols entre les pays de l’UE.

Taxe sur le kérosène

Taxe sur le kérosèneTransport & Environment (T&E) estime qu’une taxe sur le kérosène calculée proportionnellement aux distances de vol pourrait rapporter 325 millions d’euros par an si elle s’appliquait à tous les vols au départ de l’UE et du Royaume-Uni. Les revenus ainsi collectés pourraient être utilisés pour accélérer la décarbonation du secteur de l’aviation, note le rapport.

Dans un contexte où l’aviation commerciale commence à être régulée pour limiter son impact environnemental, le rapport soulève certaines recommandations pour avancer dans la décarbonation du secteur et atténuer l’impact climatique disproportionné que l’utilisation des jets privés entraîne. Entre elles:

-Interdire D’ici 2030, de tous les vols privés utilisant des combustibles fossiles, n’autorisant que l’utilisation d’avions à hydrogène ou électriques propulsés par de l’hydrogène vert et de l’électricité pour les vols en jet privé de moins de 1 000 kilomètres en Europe

-Imposer une combinaison de prix effectif du carbone, de taxes sur les carburants et de frais de vol sur les jets privés à combustible fossile, en fonction de la distance de vol et du poids de l’avion.

-Réduire substantiellement l’utilisation d’avions privés, tant pour les entreprises que pour les particuliers.

-Interdire les vols pour lesquels il existe des alternatives qui n’augmentent pas la durée du voyage de plus de deux heures et demie.

Une empreinte carbone folle

Une empreinte carbone folleEcologistas en Acción, qui a participé à la préparation du rapport, a indiqué que les données recueillies soulignent la besoin de « restreindre autant que possible & rdquor; ce type de trafic aérien, étant donné son « impacts socio-environnementaux et climatiques négatifs& rdquor ;.

« Les jets privés représentent la forme de mobilité la plus dommageable pour la planète. Il est inacceptable que quelques individus, du seul fait de leur pouvoir d’achat très élevé, aient la possibilité de générer une empreinte carbone aussi folle et, par conséquent, de provoquer une telle de graves dommages à la planète dans son ensemble& rdquor;, a souligné Pablo Muñoz Nieto, responsable de la campagne aéronautique d’Ecologistas en Acción.

« Nous devons avancer résolument vers la régulation de cette mobilité en vue de sa disparition dans un avenir proche », a-t-il ajouté.

Rapport de référence : https://www.transportenvironment.org/sites/te/files/publications/2021_05_private_jets_FINAL.pdf

Cela peut vous intéresser : les entreprises qui construisent des avions électriques se multiplient

Share