La peur du noir n’est que dans le cerveau

21/06/2021 à 17h46 CEST

Des scientifiques de l’Université de Monash, en Australie, ont conclu dans une nouvelle étude que la région du cerveau dédiée à la gestion des émotions est responsable de la régulation de la peur du noir. Face à l’exposition à la lumière, le mécanisme qui contrôle la peur dans le cerveau reste actif. Lorsque l’obscurité domine, en revanche, ce centre est « éteint » et la peur devient plus forte.

La amygdale intègre le système dit limbique, sa fonction principale étant le traitement et le stockage des réactions émotionnelles. Concrètement, on sait que cette zone du cerveau régule les sensations liées à la peur, mettant en branle un mécanisme d’alerte lorsque nous sentons que notre survie est en jeu face à un danger.

Maintenant, des chercheurs australiens ont découvert comment la présence ou l’absence de lumière influence directement l’amygdale, de cette façon activer ou désactiver la peur du noir, une sensation commune à de nombreuses personnes et qui touche principalement les enfants.

Lumière et peur

La lumière est indispensable à la régulation des rythmes circadiens : elle marque le temps de repos et la période la plus chargée de la journée. En même temps, il améliore notre humeur et peut même être utilisé dans des traitements contre des maladies telles que la dépression.

Selon un communiqué de presse, lorsque l’exposition à la lumière augmente, l’activité de l’amygdale est réduite d’autant, diminuant ainsi le sentiment de peur.

Au contraire, en réduisant la présence de lumière ou en affrontant directement l’obscurité totale, l’amygdale multiplie sa tâche et la peur est la conséquence logique de cette activité accrue.

De plus, selon l’étude publiée dans la revue PLOS One, lorsque le mécanisme de la peur est activé, une connexion particulière est enregistrée entre l’amygdale et une autre région du cerveau : la cortex préfrontal ventromédian.

Liée à la perception et à l’expression des émotions, cette zone du cerveau a la particularité de réagir à grande vitesse : face à un stimulus visuel négatif, elle peut générer une réponse en 100 millisecondes environ.

Ceci expliquerait son intégration à l’amygdale en cas de manque de lumière ou d’obscurité : comme cette condition est liée à un éventuel danger, une réponse rapide et efficace est nécessaire pour garantir la survie. Dans la recherche, ce mécanisme a été directement observé dans des images cérébrales obtenues à partir d’un groupe de volontaires.

Sujet connexe : La peur dans le cerveau : de nouvelles clés.

Une peur atavique

Les participants ont été exposés à différents degrés d’intensité lumineuse et à l’obscurité, au cours de séances d’environ 30 minutes. Des scintigraphies cérébrales, réalisées à l’aide de techniques d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ont indiqué qu’une diminution significative de l’activité de l’amygdale est enregistrée lorsque la lumière est augmentée.

En revanche, les périodes d’obscurité totale correspondent à un plus grand dynamisme de l’amygdale et de sa connexion avec le cortex préfrontal ventromédian.

Pourquoi le cerveau associe-t-il directement l’obscurité au danger et, par conséquent, active la sensation de effrayé? D’une part, les chercheurs soutiennent qu’un mécanisme cérébral similaire est mis en mouvement dans le cas de anxiété: C’est logique, car une augmentation de la vigilance va de pair avec une augmentation du stress et de l’anxiété.

Cependant, les causes profondes de ce mécanisme pourraient être ancestral. Les scientifiques ont expliqué que la capacité de réguler notre exposition à la lumière est un fait relativement nouveau en termes d’évolution.

Au contraire, nous porterions une longue histoire antérieure dans laquelle l’obscurité ne pouvait pas être gérée, il était seulement possible de surmonter dangers de la nuit toujours en alerte jusqu’à l’arrivée de la nouvelle aube.

Référence

Peur de l’obscurité : la lumière supprime intensément l’activité de l’amygdale humaine. McGlashan EM, Poudel GR, Jamadar SD, Phillips AJK, Cain SW. PLOS One (2021) .DOI : https : //doi.org/10.1371/journal.pone.0252350

photo: Arun Anoop sur Unsplash.

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