L’aviation européenne ne paie que 30% de ses émissions de CO2

06/04/2021 à 10:35 CEST

Les compagnies aériennes européennes cessent de payer la plupart des émissions de CO2 produites par leurs avions, étant donné que 70% de leurs vols ont lieu en dehors de l’espace communautaire. De cette manière, les grandes compagnies aériennes ne paient des droits d’émission que pour 30% de leur activité, selon une analyse publiée ce lundi par Transport & Environnement et Carbon Market Watch.

Soixante-dix pour cent des émissions d’équivalent CO2 des compagnies aériennes de l’Union européenne se produisent en dehors de l’espace aérien de la Communauté, de sorte que 30% seulement des émissions sont soumises à une réglementation, ce qui permet aux entreprises de polluer sans payer plus des deux tiers de leurs émissions, selon une analyse publiée ce lundi par Transport & Environnement et Carbon Market Watch.

Compte tenu de ces résultats, Ecologistas en Acción, qui fait partie de Transport & Environnement, appelle l’Union européenne à mettre en œuvre des mesures “plus ambitieuses” pour décarboner le secteur de l’aviation, telles que l’introduction de mesures fiscales telles qu’une taxe sur le kérosène, la promotion de les biocarburants avancés avec des critères de durabilité stricts, entre autres mesures.

Selon T&E ceci C’est la première fois que les données d’émissions totales des compagnies aériennes sont publiées, en l’occurrence celles de 2019. Jusqu’à présent, seules les émissions étaient disponibles dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (ETS), c’est-à-dire celles des vols au sein de l’Espace économique européen.

La conclusion est qu’actuellement, les compagnies aériennes polluent librement dans leurs opérations en dehors des Vingt-sept et représentent également l’essentiel de l’activité des principales compagnies aériennes, rapporte Europa Press.

Plus précisément, le rapport indique que les opérations en dehors de l’UE représentent 77 pour cent de Lufthansa; 83 pour cent pour Air Europa et 86 pour cent pour British Airways. Sur ces vols, les compagnies aériennes européennes ont émis 65,9 millions de tonnes en 2019, pour lesquelles elles «n’ont pas payé un sou».

Iberia ne paie pas 83% de ses émissions polluantes

Concernant les compagnies aériennes espagnoles, le rapport indique qu’Iberia a rejeté un total de 5,67 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2019, dont 83% “ont bénéficié de limbes juridiques” en raison de l’absence de cadre réglementaire.

Plus précisément, il ajoute que la société du groupe IAG était la sixième compagnie aérienne de l’UE avec le volume d’émissions le plus élevé et la troisième en proportion d’émissions non réglementées.

En ce qui concerne Air Europa, les données de l’étude indiquent qu’elle a émis 2,34 millions de tonnes de CO2, dont “seulement” 28,6 pour cent ont été soumises à un certain type de réglementation. De son côté, Vueling, avec un chiffre total d’émissions très similaire (2,33 millions de tonnes de CO2), a enregistré un pourcentage élevé d’émissions régulées (93,9%), en raison du caractère éminemment intra-européen de ses activités.

Pour le directeur de l’aviation de T&E, Andrew Murphy, directeur de l’aviation de T&E, «après une année entière de gaspillage d’aide au sauvetage des compagnies aériennes, les gouvernements doivent envisager un changement de cap et se concentrer sur le fait de rendre l’industrie plus verte. Les compagnies aériennes devraient être obligées de payer pour les émissions de tous leurs vols et d’utiliser des carburants plus propres ».

Selon la réglementation en vigueur, les compagnies aériennes ne paient que pour les émissions des vols qui ont lieu dans l’Espace économique européen.

En 2008, l’UE a tenté d’inclure l’aviation long-courrier dans le règlement sur l’échange de droits d’émission (ETS), mais l’industrie a poussé à exclure les vols entre l’UE et les pays tiers de la règle réglementaire. Le prétexte, comme l’explique T&E, était de permettre la création d’un système international de régulation des émissions de CO2 sous l’égide des Nations Unies qui rassemblerait toutes les compagnies aériennes au niveau mondial.

Ce dispositif de régulation, promu par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et connu sous le nom de Corsia, vise à maintenir les émissions du secteur aux niveaux de 2020. La Corsia sera appliquée par les États à partir de 2027.

Pour Gilles Dufransne, chargé de mission Carbon Market Watch, “Corsia n’est rien de plus qu’une excuse bon marché utilisée par le secteur aéronautique pour continuer à agir comme il l’a été jusqu’à présent”.

À son avis, au lieu de défendre l’UE, elle devrait s’opposer et mettre fin aux exemptions dont bénéficient actuellement les compagnies aériennes, y compris la distribution gratuite de permis de pollution.

La Commission européenne est en train de revoir son système d’échange de quotas d’émission (ETS) afin de déterminer si les vols entrant ou sortant de l’Espace économique européen devraient en faire partie, ainsi que de décider d’une formule pour l’articuler avec le système. Corsage.

L’ONG assure que le remplacement de l’ETS par le système Corsia contribuerait à une augmentation des émissions de CO2 d’environ 683 millions de tonnes sur la période 2021-2030.

Enfin, le coordinateur de la campagne Écologistes en action Aviation, Pablo Muñoz, estime que l’UE «doit» faire preuve d’une bien plus grande ambition dans ses politiques de décarbonation du secteur aéronautique. Pour ce faire, il estime qu’elle devrait renforcer l’ETS et mettre en place des mesures fiscales telles que la taxe sur le kérosène, annuler tout financement pour l’augmentation des infrastructures aéroportuaires et promouvoir l’utilisation de biocarburants avancés avec des critères de durabilité stricts.

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