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Le blues repentant de John Lee Hooker

Bien que le titre soit réprimandant, voire repentant, ne vous attendez pas à ce que ce disque soit misérable. On est en 1966 et le boom du folk est un peu moins en plein boom, mais les labels continuent de signer des artistes folk. Dans ce cas : Impulsion ! Les dossiers, au cas où John Lee Hooker s’avère être le nouveau Dylan (enfin, c’était les années 60, quand tout pouvait arriver). Dylan est devenu électrique, ce qui montre la voie à suivre, mais ce n’est pas grave pour John Lee, car ce qu’il aimait vraiment, c’était de s’éclater un peu avec une guitare électrique. Le truc folk n’était qu’un pavillon de complaisance pour lui, une autre façon d’être payé. Le voici sur It Serve You Right To Suffer, grognant “Money” de Barrett Strong sur un accompagnement qui ne prend pas la peine de changer les accords aux bons endroits, même s’il est pleinement conscient de la façon dont ils sont censés aller parce qu’il suit le mélodie de la chanson. Alors c’est du folk-blues repentant, hein ? Eh bien, inutile d’être po-face à ce sujet: cela ressemble à un bon moment d’ivresse.

Écoutez It Serve You Right To Suffer maintenant.

Tel était le dilemme auquel l’artiste blues était confronté : le nouveau public (blanc) recherchait l’authenticité, preuve d’une période difficile. Le public noir, en baisse à cause de l’essor de la soul music, avait envie de faire la fête. Pour un artiste comme Hooker, il n’y avait pas de contradiction : il faisait juste ce qu’il voulait, comme le montrait clairement ce disque parfois fougueux, roulant de barils et culotté. Ouais, il chanterait une chanson de Motown s’il en avait envie. Ouais, il ouvrirait le disque avec un rocker pur et simple, “Shake It Baby”. S’il voulait couper une chanson qu’il avait enregistrée au moins trois fois auparavant, et chantée peut-être mille fois, il le ferait (“Bottle Up And Go”). C’est tout OK. C’est John Lee Hooker, c’est ce qu’il a fait.

Quant à cette voix, elle n’a jamais sonné aussi fort. Sur It Serve You Right To Suffer, sorti en juin 1966, le producteur Bob Thiele a attrapé Hooker à droite : bourru, enfumé, émouvant. Vous pouvez presque sentir le tabac dans son haleine et le sentiment dans son cœur. Vous pourriez vous interroger sur les musiciens de soutien; c’est un groupe de jazz : Milt Hinton à la contrebasse, Barry Galbraith à la guitare, Panama Francis derrière le kit.

Sans doute est-ce dû au penchant d’Impulse! pour le genre, mais encore une fois ça va. Alors que les rockers ne sont pas aussi tonitruants que Hooker aurait pu le faire avec un groupe de blues, la touche plus douce convient à la chanson titre, où le chanteur se repent même s’il s’adresse apparemment à quelqu’un d’autre, et le gémissement bas de « Decoration Day, ” une histoire de perte qui sonne vrai. Et quand Hooker est prêt à souffler sur « You’re Wrong », le son profond de Hinton offre un grave élastique qu’une basse électrique ne pourrait égaler. Ce n’est pas une dilution, c’est juste une teinte différente.

Hooker n’a plus travaillé avec ce groupe, mais il a profité au maximum de la session ; il a l’air confortable, puissant, en contrôle. Le travail de personne ne souffre. C’est un record inhabituel, mais défier les attentes était le stock de John Lee Hooker, si ce n’est pas une contradiction.

Vous avez manqué ce beau disque parce qu’il n’a pas l’air de l’album blues habituel ? Servez-vous bien.

It Serve You Right To Suffer peut être acheté ici.

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