L’inquiétude concernant l’impact possible d’un gros astéroïde grandit

22/10/2021 à 8h00 CEST

Les scientifiques multiplient les idées et les missions spatiales pour éviter la collision de la Terre avec un gros astéroïde : on ne sait ni quand ni où, mais cela finira par arriver, selon l’un des scientifiques qui propose des solutions technologiques possibles.

La proposition la plus récente consiste à faire exploser une bombe nucléaire de 1 mégatonne près de la surface d’un astéroïde de 100 mètres de long, deux mois avant l’impact potentiel, selon un communiqué.

Cette option réduirait presque totalement la masse totale de l’astéroïde qui atteindrait la Terre, selon une simulation informatique développée par des scientifiques de l’université Johns Hopkins, aux États-Unis, dont les résultats sont publiés dans la revue Acta Astronautica.

Stratégie efficace

Stratégie efficace« La perturbation peut être une stratégie de défense planétaire très efficace, même pour des interventions très tardives, donc une stratégie de secours efficace doit être envisagée si d’autres méthodes qui nécessitent de longs délais d’avertissement échouent », écrivent les auteurs de cette proposition dans leur article.

Jusqu’à présent, si un astéroïde est découvert sur une trajectoire qui percute la Terre, les scientifiques pensent principalement à le dévier de son orbite avec différents systèmes, convaincus que modifier sa vitesse modifiera légèrement son orbite.

L’option nucléaire, initialement évoquée en 2007, n’a jamais été écartée non plus, mais cette possibilité a toujours été une question controversée qui entretient le débat au sein de la communauté scientifique.

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Tiges explosives

Tiges explosivesUne proposition antérieure à celle faite par l’Université Johns Hopkins a été formulée par le chercheur de l’Université de Californie à Santa Barbara Philip Lubin : elle consiste à intercepter un astéroïde potentiellement dangereux en le frappant avec une série de tiges pénétrantes, dont certaines remplies de explosifs.

Avec ce système, la boule de feu serait pulvérisée en petits fragments de 15 mètres chacun qui formeraient un nuage de débris : certains de ses composants atteindraient la Terre, mais d’autres non.

Et quand ils le feraient, nous enregistrerions une somme de petits impacts, ce qui éviterait l’impact global et nous réduirions considérablement les dommages potentiels.

Astéroïdes de plus de 100 mètres

Astéroïdes de plus de 100 mètresLa proposition de Johns Hopkins est beaucoup plus catégorique que celle de Lubin : dirigée par Patrick King, elle a calculé ce que signifierait l’impact d’une puissante explosion nucléaire à proximité d’un astéroïde dangereux. Il conclut qu’il réduirait 99,9% de sa masse, s’il avait un diamètre de 100 mètres.

Si l’astéroïde était plus gros, l’idée fonctionnerait aussi : elle empêcherait 99 % de sa masse totale de frapper la Terre, à condition que l’explosion nucléaire se produise au moins 6 mois avant la date prévue de la collision.

Il n’est pas certain que ce soit une mesure suffisante, souligne Universe Today à cet égard, car un astéroïde de 100 mètres, même s’il ne mettrait pas fin à la civilisation, frapperait la Terre avec l’énergie d’une grande et moderne arme thermonucléaire.

Préoccupation relative

Préoccupation relativeLe même magazine souligne que les inquiétudes scientifiques concernant l’éventualité d’une collision avec un astéroïde ont augmenté au fil du temps, notamment en raison de deux menaces spécifiques.

L’un d’eux est Apophis, d’un diamètre d’environ 370 mètres, qui a fait retenir en 2004 de nombreux scientifiques lorsqu’ils ont calculé qu’il avait 2,9% de chance d’avoir un impact sur notre planète en 2029.

Après de nombreux calculs, dont la possibilité que la gravité terrestre finisse par l’entraîner, le Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena (Californie) a écarté la possibilité d’une collision, tant en 2029 qu’en 2036.

Attention au 2182

Attention au 2182Une autre préoccupation majeure est représentée par Bennu, un astéroïde d’environ 500 mètres de diamètre qui passera près de la Terre en 2036. Même s’il n’aura pas d’impact alors, selon la NASA il a une faible chance (1 sur 1750) d’entrer en collision entre 2175 et 2199. . La date clé serait le 24 septembre 2182.

La NASA a lancé la mission OSIRIS-Rex, qui après plus de deux ans dans l’environnement de Bennu, ramène sur Terre un échantillon du matériau de sa surface, que nous aurons le 24 septembre 2023 pour analyser sa composition et avoir plus d’informations sur sa nature, avant d’éventuelles actions futures.

Ce n’est pas la seule initiative préventive : des scientifiques chinois prévoient de lancer 23 fusées de 900 tonnes chacune dans l’espace, pour détourner Bennu de plus de 9 500 kilomètres de sa trajectoire et ainsi éviter la collision mortelle.

Et que faisons-nous?

Et que faisons-nous?Bien que Lubin pense que son système de tiges explosives peut annuler les menaces potentielles d’Apophis et de Bennu, l’inquiétude ne disparaît pas : encore plus d’incertitude entoure ce qu’il faudrait faire pour se préparer à une certaine menace de collision avec un astéroïde, en particulier si l’on n’avaient que des heures ou des jours pour construire des infrastructures de protection.

Un exemple de cette confusion a été obtenu en avril de cette année lors de la septième édition de la Planetary Defence Conference, qui est organisée tous les deux ans pour analyser les astéroïdes dangereux avec la participation de scientifiques et d’astronomes.

Lors de cette conférence, tenue à Vienne, la simulation d’un astéroïde de 105 mètres frappant une région frontalière européenne avec l’Allemagne, la République tchèque et l’Autriche a été présentée. La simulation a été menée par le Center for Near Earth Object Studies (CNEOS).

Dans ce scénario, rien ne pouvait être fait pour atténuer l’impact et les seules options débattues étaient comment organiser la défense civile et les évacuations, quelque chose de compliqué sous une menace imminente de 30 Mt de TNT.

Une récente simulation informatique développée par des experts de la NASA et de l’ESA avait reconnu en mai dernier que les technologies actuelles ne serviraient pas à éviter l’impact hypothétique d’un astéroïde, bien qu’elles puissent alerter à temps pour évacuer la population touchée.

Nous ne savons pas où et quand

Nous ne savons pas où et quandLa Planetary Defence Conference et son scénario sont des précurseurs du lancement du projet Double Asteroid Redirection Test (DART) de la NASA, qui est la première véritable démonstration d’une technologie de déviation d’astéroïdes, et la première mission test du programme Planetary Defense de l’agence.

DARTA devrait être lancé cette année sur l’une des fusées Falcon 9 de SpaceX, en direction d’un astéroïde nommé Didymos.

L’objectif est de percuter le corps secondaire de l’astéroïde, une « petite lune » appelée Dimorphos, qui a la largeur d’un terrain de football et demi, et de modifier la vitesse de son orbite autour du corps principal.

Bien qu’il se trouve à plus de 10 millions de kilomètres de la Terre au moment de l’impact, le système d’astéroïdes sera visible par les télescopes au sol, que les scientifiques utiliseront pour déterminer le changement exact de la période orbitale, rapporte la NASA.

Il faudra s’attendre à des résultats, mais Lubin est inquiet : « Il y a un gros astéroïde ou une comète qui se cache dans notre système solaire avec le mot Terre écrit à sa surface. Nous ne savons tout simplement pas où il se trouve ni quand il frappera.

Référence

RéférencePerturbations tardives du petit corps pour la défense planétaire. Patrick K. King et al. Acta Astronautica, volume 188, novembre 2021, pages 367-386. DOI : https : //doi.org/10.1016/j.actaastro.2021.07.034

Image du haut : Simulation d’un astéroïde s’approchant dangereusement de la Terre. Bureau scientifique de l’ESA

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