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Lynette Yiadom-Boakye à la revue Tate Britain: un grand spectacle d’un grand artiste

Revoir en un coup d’œil

UNE

Parmi de nombreux grands moments de ce spectacle – deux fois retardé par Covid mais maintenant ouvert – se trouve une paire de vastes peintures de ce qui semble être la même figure. Homme noir aux cheveux longs, chemise blanche et pantalon noir, il s’assoit sur le côté mais se retourne, rencontrant notre regard et riant.

C’est une énigme. Qu’est-ce qui suscite son amusement? Est-ce une menace dans son rire ou est-ce une gaieté conspiratrice? Il est si vivement conjuré, il semble tiré de la vie. Et pourtant il ne l’est pas – Lynette Yiadom-Boakye compose ses personnages à partir de scrapbooks et d’albums de famille, de souvenirs et de peintures historiques.

Et parce qu’il a inventé, l’artiste née à Londres peut l’emmener partout où elle le souhaite. Dans Wrist Action (2010), il a un gant rose absurde qui émerge comme une apparition de la lumière par ailleurs sombre. Dans Bound Over to Keep the Faith (2012), une corde est attachée autour de sa taille.

Yiadom-Boakye dit qu’elle considère ses protagonistes comme des «personnes que je connais»; le romancier Zadie Smith a écrit qu’ils entrent dans notre imagination comme des personnages littéraires. Vous vous retrouvez à réfléchir sur leur arrière-pays, leur présent, leur avenir. Nous les voyons dans des paysages et des intérieurs indistincts, peut-être sur une scène où ils se produisent, mais ils ne sont jamais ancrés dans le temps ou le lieu.

(

Condor et la taupe, 2011

/ Lynette Yiadom-Boakye)

Pour encourager ce royaume imaginatif, le spectacle est accroché intuitivement plutôt que chronologiquement, de sorte que les sujets et les formes dictent le flux, avec des aspects réapparaissant rythmiquement. Pas seulement les personnages, mais leur robe et accessoires: une fourrure de renard, avec un visage grossièrement dessiné; une collerette plumeuse.

Et c’est la peinture qui leur permet d’être dans cet état constant de changement et de devenir. Yiadom-Boakye les tire dans et hors de la mise au point, dans une bataille glorieuse entre l’image et le pigment. Les têtes des personnages peuvent être parfaitement réalisées mais leurs jambes ou mains peuvent être à peine définies ou perdues dans l’abstraction.

Son toucher est sublime. Elle anime un visage avec quelques marques et taches de toile nue. Elle utilise la couleur à merveille: les peintures apparemment monochromes sont éclairées de près par des teintes riches. Ailleurs, la couleur sature la toile, comme dans les vêtements rouges portés par les personnages de plusieurs tableaux.

Ce rouge évoque une grande œuvre de Walter Sickert, un artiste qui, comme Édouard Manet et Edgar Degas, ne semble jamais loin de ses pensées. Ce spectacle déborde d’amour de la peinture: ce qu’il fait entre les mains de ces grands artistes, et ce qu’il peut encore faire aujourd’hui, alors que Yiadom-Boakye donne vie à ses personnages envoûtants.